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le divan-blog des journalistes

14 septembre 2026

La jouissance du gréviste


Écoutez la différence


Le racisme menace de s’incruster sur l’antenne de France Inter. C’est imminent. Ça sent le sapin, façon de dire que le danger est mortel.

La riposte s’organise : des dizaines d’heures de délégation syndicale investies pour contenir l’assaut totalitaire, des communiqués, des préavis, deux jours de grève prévus les 13 et 14 septembre, avec rassemblo et manif.

 

Pourquoi cette agitation ( on a envie de dire - excitation ) ?

 

Parce que la Direction veut charger Charles Sapin, journaliste du magazine Valeurs ( ex Valeurs Actuelles ), de donner un édito hebdomadaire sur Inter.

Or un actionnaire important de ce magazine serait proche du RN.

Or des condamnations pour incitation à « la haine » auraient été prononcées contre ce magazine.

Or, il serait bien évident que ce magazine est d’ « extrême-droite ».

Or le journaliste Sapin est un cadre salarié de la rédaction de ce magazine.

 

Et donc :

 

Nous tous, qui sommes résolument antifascistes, devons nous mobiliser.

 

Et donc :

 

Pour ceux qui sont directement au front - les salariés de Radio France - il faut se mettre en grève.

Sachant que la grève fait baisser le salaire, celui qui gagne 3000 € subira une retenue de 200 € pour 2 jours de grève. Ce n’est pas rien. Donc, la motivation des grévistes est forte. Normal, le danger est grand.

 

A moins que…

A moins que ce ne soit l’inverse.

A moins que, par le sacrifice d’une partie de sa paye, on prouve le danger.

 

Pourquoi ce soupçon ? Parce qu’en psychanalyse, on sait que la psyché use en permanence de stratagèmes pour rationaliser le comportement. Dans cette perspective, un des grands trucs de la psyché est l’inversion de la causalité.

Exemple typique : je m’inscris en licence de maths parce que j’adore les maths. C’est bien, c’est sage, c’est ce qu’il faut, faire ce qu’on aime, tout conseiller d’orientation vous le dira ! Mais la réalité est inverse : j’aime les maths parce que je suis bon en maths. Autrement dit, je ne réussis pas à bien faire ce que j’aime, mais tout au contraire : j’aime ce que je fais bien.

 

Qu’en est-il à Radio France ? Où est l’œuf, où est la poule ? Est-ce le péril fasciste qui suscite mon émoi ou mon désir d’excitation qui invente un Goebbels derrière un confrère, journaliste professionnel comme moi, mais qui ne pense pas comme moi ? 

 

Allons voir ce que racontent les syndicats.

 

Sur les sites syndicaux, on explique que la nouvelle exigence de pluralisme, résultant d’un Arrêt du Conseil d’État de 2024 ( affaire C News ), ne peut pas inclure l’extrême droite, à laquelle appartient Valeurs Actuelles.

La thèse syndicale, défendue à longueur de tracts, c’est : Pas de pluralisme pour les ennemis du pluralisme.

Sur le principe, je suis 100 % d’accord. Pas de liberté pour les ennemis de la liberté. Pas de démocratie pour ceux qui veulent la remplacer par une dictature. 

 

Mais, en l’espèce, qui détermine les « pluralistes » et les « non pluralistes » ?

 

Toi, camarade ? Qu’est-ce qui te qualifie pour délimiter le périmètre du pluralisme dans les médias ?

Tu es qui, pour décréter qui est ou n’est pas d’extrême-droite ?

Tu es qui, pour expliquer à ta patronne ce qu’elle a droit ou pas de programmer ?

Ton mandat, c’est bien de défendre tes collègues, les salariés, non ?

 

C’est pour cette mission que tu es élu et protégé par la loi.

Dans l’affaire de Charles Sapin, ton taf, c’est de te bagarrer pour lui garantir l’accès à l’emploi, et puisqu’il est journaliste, de garantir qu’il pourra parler dans le poste sans pression.

 

Je me trompe ?

Patrick Cohen, Thomas Legrand, Charles Sapin, c’est la même chose, syndicalement.

Imagine que Cohen soit encarté au PS, Legrand nulle part, et Sapin au RN.

 

Et alors ?

 

Ton boulot de syndicaliste, c’est de te battre pour eux s’ils sont menacés.

Et je puis comprendre que tu n’aies pas envie de te battre pour le confrère journaliste de droite. C’est humain. Dans ce cas, laisse d’autres copains défendre le Sapin. Mais de grâce, ne vas pas lui taper dessus !

Et le pire, c’est que tu veux te faire le Sapin au nom du pluralisme.

 

Or c’est quoi, le pluralisme, dans notre débat ?

 

D’abord, il faut préciser que le pluralisme, en tant que concept politique et juridique, ressort de l’univers des médias. Pas des journalistes. Ne pas confondre ! Le pluralisme est l’affaire du patron du journaliste. Le journaliste, en tant que tel, il n’en a rien à cirer, du pluralisme. Ce n’est pas son problème. Son problème à lui, c’est que son propos à lui passe, et librement.

 

Ensuite, regardons le contenu de la notion : le pluralisme oblige les médias à assurer aux citoyens que sur un sujet donné, tous les éléments, toutes les idées, majoritaires, minoritaires, centristes, extrémistes, consensuelles ou critiquables,  soient bien acheminées jusqu’à lui. Obligation essentielle. Que serait une presse qui masque une partie du paysage ?

 

Le pluralisme est un élément fondamental de la déontologie… des médias. Et non pas de déontologie des journalistes.

 

Et oui, une déontologie cache l’autre, au point de les confondre.

 

Si la déontologie se définit comme l’ensemble des règles élaborées pour qu’une mission d’intérêt public soit réalisée convenablement, alors il existe, ou doit exister, une déontologie des médias, pour les encadrer, pour assurer les conditions d’une presse libre, pluraliste, honnête, etc…

 

Il doit aussi exister une déontologie des journalistes, évidemment, pour nous assurer à nous, les citoyens, que l’information fabriquée par les journalistes nous éclaire sans distorsion ni censure… mais c’est tout autre chose.

 

Notre sujet, dans l’affaire Sapin, c’est bien le pluralisme, mais celui que doit respecter France Inter, pas un syndicats ouvrier !

 

La question du pluralisme est tout simplement hors de portée de la sphère syndicale. Le choix, par les services généraux, de signer avec Pepsi ou avec Coca pour alimenter les distributeurs automatiques de soda dans la Maison de la Radio, est strictement hors de la compétence syndicale. La couleur politique d’un chroniqueur, c’est la même chose.

 

En l’état du droit, qu’on le veuille ou non, les idées des organisations de droite non interdites ont non seulement droit de cité sur Inter, mais encore doivent être aussi présentes que celles… de la gauche socialiste, par exemple.

 

S’il n’est pas content, le syndicaliste, il peut se battre, en tant que citoyen, pour interdire Valeurs Actuelles, ou le RN, ou les deux. Alors la droite nationaliste, interdite, n’aurait plus accès aux médias au nom du pluralisme. En tant que syndicaliste, il n’a aucune légitimité à réclamer quoi que ce soit contre Charles Sapin.

 

Conclusion

Même si Sapin était un vieux facho, le rôle du syndicat est de le défendre.

Quant au pluralisme, arrêtons, nous, de l’invoquer à tort et à travers, comme s’il nous appartenait. Le jour où un journaliste professionnel fan de Zemmour pourra trouver un emploi chez Mediapart, le jour où les journalistes de l’audiovisuel public se mobiliseront pour embaucher les confrères de Russia Today censurés par Macron, le jour où l’on traitera également les journalistes qui écrivent un livre pour Bardella, Tondelier ou Hollande, bref, quand nous aurons balayé devant notre porte, nous aurons un minimum de crédibilité pour disputer à X ou Y l’accès aux chaînes du service public.

J’ai l’impression que beaucoup de gens, en ce moment, se font plaisir, au sens psychique du terme, en frissonnant par évocation d’un danger fasciste en la personne du pauvre Sapin, et en s’inventant le droit de le censurer. Bon, en même temps on s’en fout, qui va pleurer sur un Charles qui sent mauvais ?

 

PS

J’apprends que, du coup, ça bouge aussi du côté de France Télévisions. On y préfère, à la grève, une « modération » du Sapin, autrement dit, un contrôle préalable de sa parole.

A FTV, ce sont les représentants des journalistes qui réclament de la censure. C’est comme ça. J’en pleurerais, mais qui a des larmes à l’infini ? Avec Catherine Ringer, le stock est épuisé pour aujourd’hui.

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Crédits 

Photo titre :

Graphisme Alice Cueye

Texte :

Oncle Vince pour le texte principal.

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Commentaires

Yoan
il y a 6 mois

Yoanstein et fier de l’être !

Yoan
il y a 6 mois

Conclusion : un pour tous , tous pourris ! Après on fait quoi ….? Encore le moins pourri de tous comme d hab ??

Arfi
il y a 7 mois

Je savais beaucoup mais pas à ce tout ces détails ! Une gabgie innommable ! Il faut que tout cela s arrête ! À ça Havin en conscience de savoir pour qui mettre son bulletin ! Moi je sais !!!! Stop aux dindons de la foire !!!!!!

Boileau
il y a 8 mois

Ça n’a pas changé, en fait c’est une sorte de « LEGO » offert à un enfant gaté qui ne s’arrête jamais de jouer.

Yoan A
il y a 9 mois

100% d’accord !!!
Alors plutôt que de cautionner leurs ambitions personnelles en nous faisant croire que nous sommes importants à chaque élection ….! Ce qui n est que foutaise et duoerie ( et il n y en a pas un mieux que l’aitre!) De Gaulle reviens ou pourquoi pas Coluche ( La France a besoin de vous !!!) mais ils ne sont plus là … donc nous voilà un peu perdu ! Car personnellement je ne cautionnerai aucun d’entre eux , car aucun , n’a grâce À mes yeux ! Et si Sarko nous pondait un Tome 2… Rire
STOP À TOUTES CES MASCARADES !

Don Tonino
il y a 11 mois

Paulette for president :)

COUTURIER DELPHINE
il y a un an

Délicieuse lecture

Yoan Paris
il y a un an

Chronique super bien résumé ! Et pourtant tout cela est bien réel ! Alors STOP à la censure de L’audio visuel etatique et Vive la liberté d expression !
J attends la suite avec impatience !!! À faire suivre !!!

Dev Dixit
il y a un an

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